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Boulevard de La Tour Maubourg
Elle m'ouvre la porte avant même que je sois arrivé devant. Je suis supposé être à l'école, mais sa proposition de nous voir si vite après son retour, en tout premier, m'a séduit. Son sourire m'illumine et mon humeur morose de ces dernières heures s'envole aussitôt. C'est fou ce qu'elle est belle. Je ne l'avais jamais connu aussi belle. J'appréhendais un petit peu ce moment, j'avais tord. Je craignais de m'entendre dire les banalités d'usage, ce n'était pas fondé. Tout de suite les grands sujets et les basculements existentiels, les mots durs et les mots doux. Comme promis dès mes premiers pas dans le hall, elle court ouvrir la bouteille de Veuve-Clicquot qu'elle avait gardé pour moi. On se dévore des yeux comme deux anciens amants qui viendraient de se retrouver après s'être perdus de vue trente ans durant. Elle rit, elle sourit. C'était rarement le cas le mois dernier encore. L'air helvète et sa rupture avec Mademoiselle C lui a fait un bien fou. Ses joues sont moins creuses, roses désormais. Son teint n'est plus si blanc et ses traits sont moins tirés. Je réalise qu'elle tient fichtrement à moi. Il y a peu, ce genre de situations m'aurait certainement terriblement refroidi et poussé à prendre mes distances. Là, je suis confiant. J'ai envie de compter pour les gens que j'aime, ai envie de me montrer digne et de savoir protéger mon entourage. On parle des amourettes de nos vingt ans avec un recul à donner le vertige, à faire complexer des générations et des générations de vieillards. Elle propose d'aller s'asseoir dans sa cour, il fait beau et froid.